Un nouveau méningocoque menace l'Afrique
Posted under Différents Dossiers by webmaster on Monday 23 September 2002 @ 09:25AM CDT

L'épidémie inquiète l'Institut Pasteur, qui appelle l'OMS à réagir très vite.
Le directeur général de l'Institut Pasteur de Paris, Philippe Kourilsky, et le président de l'Association pour l'aide à la médecine préventive (AMP), Philippe Stoeckel, ont lancé, mercredi 18 septembre, un cri d'alarme face à l'évolution de la situation épidémiologique dans les régions semi-désertiques de l'Afrique subsaharienne.
De l'Ethiopie au Sénégal, elles constituent une zone dénommée "ceinture de la méningite" ou "ceinture de l'Apeyssonie", en référence à un spécialiste français de médecine tropicale décédé en 2001. Cette inquiétude est la conséquence de la découverte, par une équipe de l'Institut Pasteur et de l'AMP, de la rapide progression dans cette zone d'une nouvelle variété d'un méningocoque responsable d'épidémies de méningite.
On connaissait jusqu'à présent quatre variétés (ou sérogroupes) de cet agent pathogène désignées par les lettres A, B, C et Y, qui représentaient environ 99 % des cas d'infections humaines. Le sérogroupe A était connu pour sévir de manière épidémique et récurrente dans la région subsaharienne. Les épidémies surviennent surtout durant la saison sèche, où prédomine le vent de sable (harmattan).
"En avril 2001, nous avons observé que, en dépit d'une campagne de vaccination engagée après l'apparition d'une flambée épidémique, la courbe des contaminations mortelles ne s'infléchissait pas. Les pays les plus touchés furent alors le Bénin, le Burkina Faso, le Niger et l'Ethiopie. On recensa au total 7 000 cas de méningite bactérienne dont 3 000 mortels, rapporte le professeur Jean-Michel Alonso, responsable du Centre national de référence des méningites. La mission de l'Institut Pasteur et de l'AMP a alors découvert au Burkina Faso et au Niger qu'un nouveau sérogroupe, le W135, sévissait en proportions équivalentes à celui du A." Ce W135 était déjà apparu en mars 2000 sous une forme épidémique chez plusieurs personnes regroupées au pèlerinage de La Mecque. Pour le professeur Alonso, on est confronté à l'échelon mondial à l'émergence d'un clone épidémique de W135, qui depuis deux ans connaît une expansion sans précédent.
"En 2002, explique-t-il, les pays de la ceinture de l'Apeyssonie ont compté 25 000 cas de méningite dont plus de 2 500 mortels. Un travail conduit au Burkina Faso nous a permis de découvrir que 98 % des 13 000 cas enregistrés dans ce pays – dont 1 500 mortels – étaient dus au W135, vis-à-vis duquel les vaccins traditionnellement utilisés sont inefficaces, quand ils ne facilitent pas la diffusion de nouveaux sérogroupes."
BÂTIR UNE STRATÉGIE
Pour Philippe Kourilsky, "l'épidémie qui s'annonce pour 2003 risque d'être aussi meurtrière que la précédente. Si rien n'est fait, les épidémies suivantes seront responsables de centaines de milliers de morts." Pour l'heure, l'Institut Pasteur de Paris, l'AMP et différents centres de recherche médicaux scientifiques basés au Niger et au Burkina Faso, et bientôt au Mali, ont bâti un programme de recherche de cinq ans visant à améliorer les capacités de surveillance épidémiologique et à transférer les techniques de typage moléculaire, afin d'alerter au plus vite les autorités sanitaires des pays concernés.
Restent ouvertes les questions relatives à la disponibilité des vaccins et aux différentes stratégies vaccinales contre cette maladie bactérienne. Deux vaccins protecteurs contre quatre sérogroupes bactériens, dont le W135, sont aujourd'hui commercialisés par les multinationales GlaxoSmithKline et Aventis-Pasteur à des coûts unitaires de l'ordre de 50 euros, incompatibles avec les ressources des pays concernés.
La situation est d'autant plus complexe qu'aucune stratégie n'a encore été définie par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), en dépit de l'urgence épidémiologique. Les autorités sanitaires des pays touchés, les fabricants de vaccins et Médecins sans frontières ne savent ainsi toujours pas s'ils doivent envisager dans cette région l'administration de vaccins préventifs à l'ensemble de la population, ou des vaccinations ciblées, données après l'identification des premières poussées épidémiques.
Une réunion technique internationale sur ce thème se tiendra les 24 et 25 septembre à Ouagadougou (Burkina Faso). Pour le directeur général de l'Institut Pasteur, "on ne peut que déplorer le manque de réactivité de l'OMS face à des questions de santé publique d'une telle acuité et d'une telle ampleur".


Jean-Yves Nau
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